Depuis les cinq dernières années, le secteur manufacturier a représenté près du quart de la croissance économique en Amérique du Nord. Malgré ce rôle crucial au sein de l’économie, les entreprises de ce secteur sont aux prises avec des défis majeurs.

Selon les conclusions de la 5e édition du Baromètre industriel québécois, la croissance économique est toujours fragile dans le secteur. En effet, les auteurs du rapport indiquent que « les sous-traitants dépendent considérablement des grands donneurs d’ordres et que, malgré leurs efforts pour améliorer leur compétitivité et leur capacité à exporter, ils ne progressent pas au même rythme que leurs concurrents ».

Il est donc opportun de se demander comment les nouvelles technologies numériques – notamment les SMAC (Social, Mobile, Analytics, Cloud) – peuvent représenter une source de valeur pour les entreprises manufacturières.

C’est dans ce contexte que André Métras, Directeur général de Magog Technopole et Jean-François Godbout, Président de GMWeb, m’ont invités à animer l’une des trois conférences de la première des Rendez-Vous MT qui s’est tenue dans la belle ville de Magog le 15 octobre dernier. Pour l’occasion, plus d’une soixante d’entreprises, essentiellement des PME manufacturières, étaient réunies pour en apprendre davantage sur le sujet.

Afin de mieux comprendre comment les nouvelles technologies numériques peuvent être une source de valeur, le billet suivant propose des pistes de réflexions aux trois plus grands défis des entreprises de ce secteur : attirer et retenir les talents, renforcer leur compétitivité et s’ouvrir sur le monde.

Le premier défi – attirer et retenir les talents – est l’un des points marquants de l’étude du Baromètre industriel québécois. En effet, celle-ci nous apprend que 66% des PME manufacturières éprouvent des difficultés liées à l’attraction d’employés spécialisés et 43% éprouvent des difficultés liées à la rétention de ces derniers. En parallèle, ces entreprises feront bientôt face – et c’est déjà commencé pour certaines – à un départ massif de leurs employés. Selon le Département du Travail Américain, l’âge moyen des employés du secteur manufacturier est de… 57 ans.

Afin de préserver leur savoir-faire – et éviter que ce dernier ne quitte avec les futurs retraités – certaines PME commencent à intégrer des outils de capitalisation et d’échange des connaissances. Les SMAC peuvent ainsi permettent de capter les savoirs, les formaliser en contenus pédagogiques et faciliter leur transfert entre générations de travailleurs et entre sites de production. Parmi ces technologies, Poka est une plateforme sociale qui vise à faciliter la rétention de savoirs des travailleurs manufacturiers via la mise à disposition de fonctionnalités éducatives et de murs d’informations.

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Le second défi – renforcer la compétitivité – est également un enjeu majeur dans une économie reposant sur le savoir et dont le niveau de complexité est croissant. Selon les auteurs du Baromètre industriel québécois, l’investissement privé en machines et matériel représentait environ 5% du PIB du Québec en 2012, soit une baisse de 40% par rapport à 1999. À la même année, près du quart des PME manufacturières n’avait fait aucun investissement technologique depuis 3 ans!

manager-ipadPour demeurer compétitive, les PME devront faire d’importants investissements au cours des prochaines
années afin d’améliorer leurs capacités d’innovation et de commercialisation. Parmi ces investissements, les SMAC peuvent apporter des solutions efficaces aux enjeux d’innovation en intégrant des fonctionnalités collaboratives internes, en outillant les managers d’usines d’outils mobiles et intégrés au processus de production et en liant de façon synchrone les données de production aux tableaux de bords des dirigeants.

À l’externe de l’entreprise, les SMAC peuvent également apporter des solutions aux enjeux de commercialisation, que ce soit pour outiller les représentants de plateformes mobiles de gestion des clients ou encore pour renforcer la visibilité des PME en B2C sur le Web.

Une méthode préconiser pour bien des PME, notamment les plus dépendantes des donneurs d’ordres, est de favoriser les partenariats, comme ce fût le cas de multiples petites entreprises de la chaine australienne Westfield via l’utilisation d’un réseau social étendue à l’ensemble des sociétés.

Le dernier défi – s’ouvrir sur le monde – impose aux PME d’attaquer de nouveaux marchés ou développer de nouveaux produits. L’ennui est que le niveau d’exportation actuel dépend presque unanimement de la demande américaine (les États-Unis représentant près du trois quart des exportations manufacturières)… dans un contexte où ce même pays se tourne de plus en plus vers le « Made in USA » depuis la dernière récession.

Face à ce défi d’exportation, plusieurs PME devront se solidifier via la création d’alliances stratégiques et l’augmentation de leurs capacités collaboratives. Tout comme pour les petites entreprises mises en réseau par la chaine Westfield, les SMAC peuvent permettent de tisser des liens entre des sociétés partenaires et même d’étendre virtuellement les chaines de valeurs de ces dernières pour certains processus clés.

nexalogy-bottesLes SMAC – et plus précisément l’analytics – peuvent aussi servir d’outils d’analyse de tendances sur les réseaux sociaux en vu d’attaquer de nouveaux marchés (locaux ou internationaux). Ce fût le cas d’une PME québécoise spécialisée dans la fabrication de bottes industrielles qui s’est intéressée aux conversations autour de sa marque sur les réseaux sociaux. Grâce à l’outil d’analyse de réseaux Nexalogy, la PME a découverte que certains segments de ses consommateurs n’affectionnaient pas ses produits pour des besoins industriels, mais plutôt pour des besoins fashion. Cette nouvelle connaissance du marché, rendue disponible grâce aux technologies SMAC, a permis à l’entreprise de renforcer ses capacités décisionnelles avant même d’entreprendre l’attaque de nouveaux marchés.

Finalement, les technologies ne sont pas des réponses in finite à tous les enjeux que vivent les PME manufacturières. Toutefois, ces dernières peuvent venir en réponse aux défis les plus importants de ce secteur : l’attraction et la rétention d’employés spécialisés, le renforcement de la compétitivité et l’ouverture sur le monde.

Avant de ce lancer dans un investissement technologique, une bonne compréhension des possibilités offertes par la technologie et surtout des impacts sur votre modèle organisationnels permet de mieux les positionner, puis potentiellement, de les intégrer à vos stratégies d’affaires. Pour discuter des potentiels et des impacts des nouvelles technologies numériques sur votre entreprise, n’hésitez pas à communiquer avec moi.

Directeur Associé de Conseils Atelya. Passionné par les technologies collaboratives et la gestion de l’Innovation, Luc accompagne les décideurs des grandes entreprises montréalaises et françaises dans la compréhension de l’impact transformationnel des nouvelles technologies sur leurs modèles d’affaires. Il est reconnu pour son expertise en matière de conduite du changement, plus précisément dans l’élaboration de stratégies d’adoption et de gestion des technologies de collaboration interne. Depuis cinq ans, il est engagé dans la gestion de la croissance de la firme. Formation : M.Sc. en gestion (technologies de l'information) à HEC Montréal et est certifié ITIL. Intérêt : Stratégie, Architecture et Gouvernance digitale, Collaboration et Réseaux sociaux d’entreprise, Transformation organisationnelle, Transformation digitale, Maturité collaborative, Organisation connectée.