- L’article est un extrait du livre blanc sur les RH à l’ère des technologies sociales – à paraître en novembre. -

L’émergence est définie comme un concept où l’agrégation de systèmes simples, par leurs interactions, fait apparaître un autre niveau de complexité qu’il est difficile de prévoir ou de décrire par la seule analyse de ces systèmes pris isolément. Ce phénomène, très courant dans la nature, est bien représenté dans le comportement  des fournis[1].  En effet, suivez le parcours d’une fourmi durant une heure et vous vous sentirez frustré par ce qui semble un comportement semi-cohérent. Vous sentirez peut-être le besoin de la diriger dans la bonne direction et de contrôler ses actions. Mais regardez une fourmilière pendant une heure et vous serez étonné et perplexe sur la façon dont la collectivité réussie à se coordonner de manière aussi efficace. Contrairement à ce que l’on croit, la fourmilière n’a pas de chef, pas de système hiérarchique qui commande aux fourmis de réaliser des tâches. L’ensemble des fourmis sont au même niveau et c’est par l’échange de signaux olfactifs principalement qu’elles se coordonnent et modifient leurs comportements. La fourmilière est une organisation aplatie.

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L’émergence se traduit dans bien d’autres sphères de notre quotidien, aux villes, aux entreprises et même, depuis peu, aux applications logicielles. L’agrégation des comportements d’achats sur Amazon nous permet maintenant d’obtenir des suggestions précises sur nos achats de livres, le moteur de recherche Google nous propose des résultats toujours plus précis et les logiciels de reconnaissances vocales ou d’écriture sont de plus en plus performants. L’ensemble de ces fonctionnalités sont rendues possibles par des logiciels qui interprètent des comportements simples (le mouvement courbe dans l’écriture d’un « O » par exemple) et qui déduisent, par l’agrégation d’un ensemble de comportements, un sens collectif global.

L’idée est simple mais il fallait y penser pour appliquer ce principe aux applications logicielles. Maintenant le concept se répand partout dans toutes sortes de disciplines, dont les sciences sociales. Imaginez un instant le pouvoir de systèmes émergents dans une organisation sociale que représente une entreprise, une ville ou une société publique. Sans système de contrôle défini, tout comme une fourmilière, chaque individu participant à un objectif collectif par des comportements simples mais « connectés » en lien avec un collectif complexe comportant un grand nombre d’individus indépendants.

Cette idée est un peu le nirvana que ce que l’on appelle l’intelligence collective et a mené à l’appellation « Entreprise Organique » où l’agilité, la réactivité et la flexibilité d’une organisation ont son environnement est décuplé tout en faisant face admirablement à un environnement toujours plus complexe et changeant.

Ce « rêve » de plusieurs théoriciens des organisations demande plusieurs éléments en lien avec le contenu de ce livre blanc. Il faut d’abord une plateforme permettant de relier les comportements individuels entre eux. Les fourmis utilisent les sentiers qu’elles empruntent pour laisser des traces olfactives de leurs activités; les humains, eux, racontent maintenant leur histoire sur les médias sociaux. Les plateformes sociales sont nécessaires pour connecter entre eux les individus et constituer le médium par lequel les informations des comportements s’agrègent et se partagent. Les individus doivent également partager une grammaire commune afin de se comprendre, ils doivent communiquer autour de valeurs partagées fortes qui unissent et mobilisent. L’organisation, sa vision et sa culture peuvent constituer ce langage sur lequel les employés se reposent pour échanger et par lesquelles les interactions se fondent (on parle de « backbone » en anglais). Ces éléments touchent particulièrement la RH car, dans son rôle renouvelé, elle doit faciliter ce partage de connaissance, ces interactions et ses connexions nécessaires à l’émergence de l’intelligence collective.

Dans un environnement toujours plus complexe, l’émergence – supportée par les technologies sociales – permet l’alignement des comportements individuels vers un objectif commun là où les processus de contrôle et de gestion hiérarchiques atteignent leurs limites. C’est donc par l’émergence de comportements collectifs portée par les technologies sociales que la RH facilitera les concepts mieux connus de gestion par les communautés, de design participatif du travail ou d’organisation apprenante.


[1] Voir “Emergence: The Connected Lives of Ants, Brains, Cities, and Softwarw”, Steve Jonhson, 2002

Luis Alberola

Directeur de Conseils Atelya. Passionné par les technologies sociales, le développement de communautés professionnelles, la gestion de l’Innovation et la créativité, Luis a une expérience de 20 ans dans les métiers du conseil en gestion. Avec une expertise particulière dans la gestion des talents et dans les technologies sociales, il accompagne les grandes institutions du secteur bancaire et financier dans leur réflexion stratégique et transformation digitale. Il mène également des mandats d’amélioration de l’expérience-employé et de l’expérience-client. Responsable du développement des consultants et de l’apprentissage au sein du cabinet, il intervient sur les missions comme directeur de projet. Formation : M.Sc. en gestion (management, distinction) à HEC Paris et Hitotsubashi University. Intérêts : Coaching et Leadership, Stratégie d’apprentissage social, Collaboration et réseaux sociaux d’entreprise, Transformation organisationnelle, Transformation digitale, Maturité collaborative, Organisation connectée