L’intégration des technologies sociales avec les autres technologies et processus de l’entreprise va démultiplier leur impact. Et donner une autre dimension à la notion de travail

Les entreprises ont adopté les premières technologies sociales pour améliorer la collaboration: on pourrait dire que la première des technologies socialesMale robot thinking about something. est l’email, et l’email a totalement transformé la capacité des salariés d’une entreprise de collaborer à grande échelle et à grande vitesse.

Aujourd’hui, les technologies plus proprement sociales (les réseaux sociaux et les outils que l’on appelait E2.0 il y a quelques années) poursuivent ce travail de transformation engagé avec l’email et les premières plateformes de collaboration. Leur structure et leur maturité font qu’elles peuvent s’intégrer aux autres processus et aux autres technologies de l’entreprise. Ce faisant, elles démultiplient leur impact et demandent du management une prise de recul qui leur sera salutaire.

Intégration des technologies sociales à des modes de management existants.

Prenons un premier exemple : l’impact des technologies sociales sur la gestion de projet avec ce que l’on appelle le « social task management ». Il s’agit ici d’apporter la dimension sociale (profils, conversations, notifications, et demain objets et actions sociales) à une technologie qui était centrée sur les tâches. Cet impact a plusieurs dimensions:

En premier lieu, la dimension sociale rapproche les chefs de projets de leurs équipes. A une époque ou les projets, pour les entreprises, ne sont pas seulement un moyen d’aboutir à des résultats, mais aussi un moyen de parfaire les compétences et les capacités à collaborer entre eux de leurs collaborateurs, les technologies sociales remettent les membres d’une équipe projet au sein de ce dernier, au même niveau que les tâches, là où les applications de gestion de projet plus primitives pouvaient occulter la dimension humaine des projets. Mener des projets avec des logiciels de social task management nous force à prendre en compte la dimension individuelle des personnes, parce que c’est avec des personnes que nous interagissons virtuellement, et non plus seulement avec des listes de tâches ou des « Gant Charts ». De ce fait, devient très difficile aujourd’hui pour un dirigeant d’occulter l’importance des compétences interpersonnelles lorsqu’il choisit un chef de projet.

L’impact des technologies sociales va plus loin que la simple gestion de projet. L’intégration de la dimension sociale aux processus, la remise au centre, concrètement, du salarié grâce à son existence dans le réseau social de l’entreprise, la transformation des processus de feed-back managérial (intégrés maintenant à des technologies sociales et à des démarches de « gamification », comme dans les dernières versions d’Employée Central de SuccessFactors, par exemple), va aussi changer ce que veut dire gérer, ce que veut dire être un gestionnaire (manager en anglais). La capacité à développer les autres, qui est déjà la compétence clé d’un gestionnaire, ne pourra plus être occultée, et la réputation des gestionnaires dépendra fortement de cette capacité. Et donc les processus de mobilité, qui intègrent aussi la dimension sociale, seront un supplice pour les managers qui auront une mauvaise réputation dans ce sens.

Intégration des technologies sociales à d’autres technologies.

Les technologies sociales s’intègrent aussi avec d’autres technologies, comme par exemple, avec le mobile. Cette intégration permet d’étendre leurs bénéfices (et notamment l’amélioration des collaborations contextuelles comme la résolution de problèmes, ou la capacité à collaborer massivement autour de documents) en dehors du périmètre classique de l’entreprise, d’un point de vue spatial comme d’un point de vue temporel. Ce qui entraîne le besoin de redéfinir l’espace de travail physique du bureau et qui entraînera le besoin de redéfinir les législations nationales sur le temps de travail.

Les technologies sociales vont aussi très fortement s’intégrer aux solutions de gestions de données en grandes masses. Elles vont de ce fait contribuer à changer notre capacité d’analyse des tendances, comme des contextes et des relations dans l’entreprise. L’intuition actuelle du manager va devoir laisser la place à un professionalisme dans la gestion et l’analyse de ces données. Et son intuition future va devoir passer un cap

La transformation du travail

En conclusion, les technologies sociales sont en train de transformer fondamentalement ce que veut dire travailler. Comme je viens de l’écrire, elles transforment fondamentalement les notions de temps et d’espace de travail. Mais elles transforment aussi fondamentalement ce que veut dire travailler dans le sens ou le travail individuel, dans l’entreprise, va devenir très difficile sinon impossible. Exemple contextuel : j’écris ce billet entre deux tâches liées à mes clients, dans un café à Paris, et je serai bien incapable de le faire sans l’écosystème des mes technologies, sociales et autres, qui me lient à Atelya ainsi qu’à mes autres réseaux et mes autres sources de contenu. Dans l’entreprise, travailler de façon isolée va devenir impossible – mais c’était déjà le cas. Encore plus important travailler sans un accès « 24/7 et on demand » à toutes ses sources et ses réseaux va aussi devenir impossible, tellement nous dépendons du contenu et de l’expertise des autres, ainsi que de la culture et des processus de notre entreprise.

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Pourtant, les technologies sociales sont encore primitives dans le monde de l’entreprise. De ce fait il y a de quoi être enthousiaste sur les projets qui vont se développer dans les années à venir. J’attends avec impatience que les éditeurs de technologies sociales professionnelles commencent à intégrer la capacité à réaliser des actions sociales professionnelles ou a coordonner des objets sociaux professionnels. Lorsque les actions sociales dans l’entreprise ne seront plus « aimer » ou « partager » mais, par exemple, « valider » ou « questionner » et encore plus loin, « transformer en app » ou « mettre à disposition de tous », la nature du travail aura vraiment changé.

 

Nous n’en sommes pas si loin.

@Luis Alberola

Luis Alberola

Directeur de Conseils Atelya. Passionné par les technologies sociales, le développement de communautés professionnelles, la gestion de l’Innovation et la créativité, Luis a une expérience de 20 ans dans les métiers du conseil en gestion. Avec une expertise particulière dans la gestion des talents et dans les technologies sociales, il accompagne les grandes institutions du secteur bancaire et financier dans leur réflexion stratégique et transformation digitale. Il mène également des mandats d’amélioration de l’expérience-employé et de l’expérience-client. Responsable du développement des consultants et de l’apprentissage au sein du cabinet, il intervient sur les missions comme directeur de projet. Formation : M.Sc. en gestion (management, distinction) à HEC Paris et Hitotsubashi University. Intérêts : Coaching et Leadership, Stratégie d’apprentissage social, Collaboration et réseaux sociaux d’entreprise, Transformation organisationnelle, Transformation digitale, Maturité collaborative, Organisation connectée