businessman at work

Yahoo n’a pas eu forcément tort de limiter le travail à distance, dans le cadre de la re-fondation de l’entreprise. Mais il semble bien qu’une opportunité de mobiliser virtuellement ses salariés a été gâchée.

L’initiative de Marisa Mayer de faire revenir tout le monde à la maison a été bien diversement appréciée. Sans rentrer dans l’évaluation de cette initiative (après tout, le cours de l’action de Yahoo a remonté depuis son arrivée …. elle mérite un peu de confiance), la discussion qu’elle a provoqué est une opportunité de commenter l’impact des technologies sociales sur l’organisation, puis sur les modes et le lieu de travail.

 

Les technologies sociales améliorent les modes de travail … quand ils existent déjà

La première question qui se pose est celle de l’impact de la technologie, et notamment de la technologie sociale, sur le travail et sur la possibilité de travailler virtuellement. Je ferai d’abord deux remarques :

  • La qualité de la vie au travail est devenu un impératif pour toute stratégie RH qui se respecte, et la possibilité de choisir son temps et son lieu de travail font de plus en plus partie de cette qualité de vie telle que perçue par les salariés de l’entreprise, notamment;
  • La collaboration entre ceux que l’on appelle les travailleurs du savoir est complexe, et sans doute de plus en plus complexe. Pour qu’elle soit efficace, deux conditions à minima sont nécessaires : d’abord, la capacité des personnes concernées à se comprendre dans le détail (ce qui est une question de compétences, d’expertise et, surtout, de langage et de références communes); ensuite, l’engagement, l’envie de ces personnes à mener un travail qui est souvent passionnant, mais demande toujours un effort et souvent un dépassement.

 

Dans mon expérience, les technologies sociales, installées sur la base de solutions de travail à distance robustes, et en faisant l’hypothèse d’un équipement adapté (ce sont déjà deux conditions fortes), peuvent renforcer l’expérience du travail collaboratif. Quelques exemples très basiques d’utilisation des technologies sociales :

  • Des profils sociaux professionnels intelligents, qui facilitent la recherche et permettent un accès contextuel au savoir,
  • Une approche adaptée des contenus (notamment en termes de méta-données), qui renforce la politique de gestion du savoir existante (idéalement) et permet de gouverner la contribution et la distribution des contenus,
  • Une maîtrise du contexte (présence, absence, disponibilité) et une capacité à réagir en temps réel, qui permet l’agilité,
  • L’implémentation par des technologies sociales d’une stratégie d’actions sociales et d’objets sociaux professionnels, qui accélère et approfondi la collaboration,

 

Et pourtant, sans engagement, le meilleur système de technologies sociales ne produira que des résultats communs, rien d’exceptionnel. Et surtout, la confiance et le sens de la responsabilité partagée, qui fondent cet engagement, s’ils ne sont pas pré-existants, pourront difficilement être développés virtuellement.

Donc, dans certaines conditions, demander le retour des collaborateurs au bureau, pour améliorer leur performance collective, oui, certainement…

Mais pas de n’importe quelle façon

 

Les technologies sociales facilitent l’engagement à grande échelle

Car la deuxième question qui se pose est celle de la façon de mener une discussion et prendre des décisions dans un monde ouvert, surtout lorsque l’on est une entreprise très visible et avec une réputation à défendre. Les collaborateurs de n’importe quelle entreprise (ceux de Yahoo pour le cas présent) sont aussi conscients que la direction générale ou la direction des ressources humaines des limites de leurs modes de travail existants. Ils ont sans doute des opinions valables à faire valoir dans la discussion de l’évolution de ces modes de travail là. Et, étant donné le contexte actuel en termes de pression et d’importance accordée à l’environnement de travail, ce n’est pas là une discussion qui peut se mener sans eux.

Ensuite, un tel sujet, qui est de fait un sujet de société, ne peut que dépasser les limites de la discussion interne.

Du point de vue des technologies sociales, quelle opportunité ratée de les utiliser à bon escient ! Pour mener une discussion gouvernée et à grande échelle, d’abord, au sein de l’entreprise. Pour ouvrir ensuite le sujet plus largement et renforcer (ou créer) l’image de Yahoo en tant qu’employeur responsable et concerné.

Une bonne conversation menée sur un tel sujet mobilisateur aurait peut-être eu comme résultat de rapprocher les employés et de cimenter un début de culture commune, un résultat très positif dans le contexte, si toutefois c’est le but poursuivi par Yahoo.

En conclusion, les environnements de travail sont une questions d’outils, d’accès mais aussi de sens. Le sens, la confiance, la responsabilité partagée, émergent plus difficilement en virtuel qu’en réel…

C’est pourquoi nous allons racheter un peu de décoration et faire un peu de rangement dans nos bureaux pour préparer notre prochain 5 à 7, qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de rendre virtuel !

@Luis Alberola